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ear - rumspringa

ear - rumspringa

C’est une petite chose insaisissable et touchante, qui cliquette et tintinnabule, qui semble branlante et anodine, mais qui finit par imprégner l’esprit et se rendre indispensable.

À l’écoute de Rumspringa, les échos abondent, venus du tout début des années 2000 : le Four Tet folktronica de Pause, les miniatures naïves à deux voix des Moldy Peaches, Tunng, múm, Figurine… Deux voix juvéniles qui murmurent des paroles cryptiques, fragments épars arrachés à l’ennui de l’adolescence. Des mélodies de bac à sable, folk à peine accordé ou berceuses électroniques, que viennent parfois réveiller quelques stridences, quelques beats plus soutenus. Des apparitions sonores fugaces, éclats de voix, field recordings et zigouigouis synthétiques.

Sur le squelette de ces chansons minimales, esquisses vaporeuses, Yaelle et Jonah semblent avoir collé, dans le désordre, tous les bouts de sons et de textes qui leur tombaient sous la main, après les avoir jetés en l’air. C'est une musique comme un visage d'adolescent, qui garde les traits touchants de l'enfance et porte déjà les lendemains inquiétants de l'âge adulte. Une musique sujette aux éruptions sur une peau de pêche. C'est indécis, un visage d'adolescent, chaque jour changeant, tour à tour disgracieux et d'une beauté sauvage.

Et c’est peut-être là, sur ce seuil, que se tient ce petit miracle : que puisse jaillir de ce chaos miniature tant d’harmonie et de douceur, de joie naïve et de chagrin moelleux. Ce capharnaüm est poignant et exaltant. Un magasin de jouets anciens baigné d’une lumière de fin d’été, devant la vitrine duquel deux jeunes gens à la peau trop pâle s’embrassent pour la première fois.

ear / Rumspringa / A24 Music / 29 mai 2026